Rendez-vous à Saint-Briac fête sa dixième édition ! Ce salon et festival d’art dédié au dessin et à l’édition d’art, invite une vingtaine de galeries, associations d’artistes, résidences d’artistes et maisons d’édition. Au Presbytère, à la Vigie, au Jardin-Atelier et dans le bourg, exposants et artistes sont sur place pour rencontrer le public pendant les quatre jours du week-end de l’Ascension. Cette édition anniversaire est rythmée chaque jour par des temps festifs et conviviaux : performances, rencontres, événements, food trucks et buvette.
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Nous exposerons:
Dominique Alary L’instant dessiné

C’est avec ce beau titre mallarméen que Dominique Alary rassemble sa pratique du dessin. Des instants éphémères identifiés par une date au verso de la feuille de papier. Sous son regard les choses s’immobilisent, le temps d’une rencontre, l’instant essentiel de cette rencontre, où les objets ou paysages avec lesquels elle a marginalement existence se confondent avec elle, se trouvent pris dans la même vague et le même vague, dans un entre-monde en suspens propice au dessin, qui dans la lumière de ses gris précise l’essor d’une respiration, un souffle , une détente, une légèreté où les choses touchent au calme, renaissent dans le calme, autour d’un point ou d’un foyer, là où l’artiste pose sa pointe, une première fois.
Le dessin se fait multitude de traits, sans surface et tout en vibration, il rompt les contours, les pourtours des choses dans la danse de ses traits brefs, la mine allume de doux feux gris et nimbe les formes émergeant dans le paysage d’un halo de lumineuse grisaille, comme si la mine du crayon s’évaporait en halo autour d’elles. Dominique Alary ne dessine pas des paysages mais leur « liseré spirituel », ce halo de lumière qui vient nimber les choses de manière furtive et éphémère, dont elle doit diffuser le glissement sur le papier, au risque de le perdre dans sa « réserve de blancheur »
Catherine Benas, Nocturnes
Le travail de Catherine Benas est infiniment sensible : ses créations s’éclairent d’une lumière étrange, elles respirent et trouvent un appel d’air dans une atmosphère de théâtre ou de cinéma muet, étendent leurs nappes de matière noire et lourde de fantasmes. Les images qu’elle collectionne dans des catalogues de mode, souvent très banales sont travaillées jusqu’au vertige et foisonnent jusqu’à l’égarement, voire l’extase, dans une douce et obscure lumière, qui n’est pas sans évoquer ce que Proust dit du clair de lune, « la nature fait de la lumière avec de l’obscurité »

C’est le cas de ses « rêveurs », un kaléidoscope de visages en noir et blanc dessinés sur un plan de métro parisien, tableau d’une humanité incertaine tournant dans un cercle aussi exubérant que baroque, des lignes expressionnistes à la recherche d’une identité, d’une expression nocturne de soi. Catherine en dit « :il s’agit d’un ensemble de fusains, allusion au rêve, au cinéma …l’aspect vaporeux du fusain, sa légèreté, le brumeux qu’il permet, le résultat énigmatique qu’il révèle, son pouvoir suggestif est d’emblée le matériau adéquat pour ce travail sur le flou, le presque, l’absence, l’impression, le doute, et aussi la beauté de la lumière qu’il permet de souligner

Autre révélation de la lumière obscure, une série de jambes en mouvement, en voie de se combiner, de se nouer dans l’engendrement des substituts du désir, fantasmes et fétiches, mais aussi au-delà de l’emportement érotique la jambe devient le vecteur infini de la création dont un corps est capable ; Très peu charnelle, la jambe est une création de la botte (dont Catherine produit tout un lot avec des galbes multiples et singuliers) ou des bas noirs et des résilles qui donnent cette allure aérienne, ajourée au corps. C’est la cellule du mouvement infini, la diversité des formes en puissance, de l’expressivité générale du corps et de ses morceaux, à l’image des ailes qui incarnaient cette apothéose dans la peinture classique. C’est aussi une écriture qui reposerait sur une merveilleuse articulation des hampes et des jambages.
La jambe est ainsi soustraite au prosaïsme ordinaire pour devenir dans le dessin de Catherine le principe d’une poétique : « la poétique est très exactement la capacité symbolique d’une forme : cette capacité n’a de valeur que si elle permet à la forme de « partir » dans un très grand nombre de directions et de manifester ainsi en puissance le cheminement infini du symbole… » (R. Barthes)

Une série de monotypes, « danser son ombre » est une fois de plus l’occasion de transcrire cette obscure lumière et son pouvoir de révélation. En soi, le monotype est une technique simple et abordable par tous, mais dans les mains de l’artiste elle est à l’origine de très énigmatiques efflorescences : les membres du corps s’échappent en lévitation dans un espace qui n’oppose aucune résistance, les formes ne flottent pas, elles ne montent pas non plus, elles donnent l’impression de chercher une limite à la représentation de quelque chose d’absolument connu et d’infiniment inconnu, qui semble parfois sourdre de la pierre: Savons- nous ce que peut un corps ?
Catherine Benas vit et travaille à St Ouen, elle anime aussi un espace d’art contemporain à Issy les Moulineaux, l’espace Icare. Elle participe à des spectacles, produit des décors, des costumes et développe les techniques qui font affleurer de furtives présence à la surface des corps. Le corpus que nous présentons, comme la totalité de ses œuvres, semblent répondre au besoin poétique de trouver l’obscure lumière d’un continent noir pour éclairer son lointain intérieur, avec cette réserve que le seul lointain qui se donne comme lointain est celui qui manifeste et produit une proximité, un chemin vers lui, et son chemin vers nous, ce que réussit très bien en musique le nocturne, et Catherine, avec le même humour : une œuvre à voir en lisant du Jankelevitch, la présence lointaine et en écoutant un nocturne, Debussy, Ravel ?
Mireille Désidéri, le sexe des silex

lithographie, 60 x 50 cm (extrait d’un triptyque)
Depuis les années 90 Mireille Desidéri ramène des marnières du Ternois des silex de toute taille qu’elle stocke dans son atelier et dont les formes alimentent son travail : le silex est une première écriture, l’ébauche du signe. Sa résistance s’associe à sa rondeur et au tranchant de son éclat lorsqu’il est brisé. Noir profond et couvert de gangue blanche, le silex se cache et se prête aux projections sexuées de ses formes ou se transforme en bestiaire.
Chaque silex l’intéresse en lui proposant une série de variations, une démarche picturale en même temps qu’une forme chargée d’une étonnante capacité de suggestion, une sorte de mémoire ouverte sur la sérialité de l’existence humaine. Ses formes évoquent l’âge de pierre et une immense durée, le lent travail des matières, une alliance entre une surface en attente de toucher ou de caresse et d’un noyau obscur, protégé de tout regard. Peint, dessiné, photographié et numérisé, travaillé sur différents subjectiles, le silex n’en finit pas de révéler ses connivences avec l’humain, son être pierre.
Rémi Ducellier, survivance des images

Influencé par un oncle artiste, né en 1960, il peint depuis son plus jeune âge.
Après des études d’architecture et d’histoire, en menant différents métiers : professeur, vigneron et agriculteur, Rémi a toujours su trouver un temps de ressourcement dans la peinture.
Son esprit fécond et sensible crée un monde étrange, peuplé de personnages et de constructions en suspension. Des papiers forts sont encrés de façon intuitive et rapide, puis, des dessins ou des motifs sont reproduits sur du papier de soie. Les deux matériaux sont ensuite réunis et plus ou moins effacés sous d’autres contours.
De mon enfance, de ma vie singulière comme toutes les autres vies, je retiens le souvenir et la pratique de l’immersion, un corps encore enfantin dans les vagues des Syrtes et le même, avec sœurs et parents, déambulant dans la matière déchainée d’un vent de sable, grimpant les pentes aux herbes sèches d’un tumulus vandale ou craignant les scorpions cachés sous les pierres de Leptis Magna.
Des ruines, de très anciennes églises, des fresques mais aussi tout ce qui, dans un passé plus récent, témoigne d’une utilisation, d’un investissement du corps et de l’esprit : comme une boutique fermée à l’enseigne moribonde ou une gare, une usine, une restanque ou un village abandonné concourent pour moi à ce grand rêve de matière enchevêtrée qui aboutit à l’acte de peindre…
Impression, réflexion, page blanche et bien d’autres vocables de tous les temps et de toutes les langues signifient les rapports étroits entre les mots et les images et, si l’on y ajoute la puissance réductrice ou simplifiante de l’icône, on conçoit bien l’attrait qu’une telle magie a suscitée en moi.
Avec mon père byzantiniste j’ai été très vite au contact des iconoclastes et donc de cette très ancienne aversion de la représentation…
Faire coexister différentes strates de perception, les mêler, les gratter ou les effacer, donner l’illusion d’une certaine durée dans l’instant de la vision, tel est mon usage du papier.
Je m’y amuse à illustrer des vies parallèles et le repentir n’y est jamais effacé. On aimerait presque donner la liberté à chacun de manipuler ces papiers au fil des différentes lumières pour en apprécier les diverses couches. Sans doute un vœu pieu mais qui rejoint une petite réflexion antécédente : tous nos sens ne prennent de sens que dans leur coexistence et, s’agissant d’œuvres plastiques, il est souvent dommage de ne point les caresser tout en les regardant.
Ce bien joli explicatif serait un peu lourd sans pénétrer au cœur même du processus créatif : son artisanat ! Car en peignant, en collant, en grattant, en dessinant, en mettant en abyme tout ce petit monde de papiers collés les uns sur les autres et parfois rehaussés de traits et de couleur, voire d’écritures obscures, nous sommes comme tout le monde travaillant, proche d’un laboureur ou d’un mécanicien. En un mot il s’agit d’un décryptage toujours crypté qui, à chaque regard singulier, pourrait dévoiler quelque nouvelle perspective : du figé qui pourrait néanmoins galoper, de l’esthétique certes, mais pris à bras le corps.
Voici la fabrique : d’une part des papiers forts de format généralement raisin sont encrés ou coloriés de façon rapide et intuitive ; d’autre part des dessins ou des motifs sont reproduits sur du papier de soie ; ces deux matériaux sont ensuite réunis et plus ou moins effacés, on y retrouvera ce que vous y verrez. (Rémi Ducellier)
Meek Gichugu

Ses peintures font surgir d’étranges figures d’animaux, de fruits exotiques ou d’êtres humains. Des prototypes pour une recréation du monde, des ébauches d’un démiurge qui se propose de faire mieux que la nature en recyclant ses motifs les plus extraordinaires, dont les agencements défient la biologie ; les rayures de l’abdomen de la guêpe, les zébrures, les taches de la girafe…
Le nom de Meek Gichugu, dans la langue des Kikuyus dont il est originaire, signifie « récolte des petits pois » : un petit pois qui s’agite entre les voyelles et les consonnes de son nom, une forme ronde, verte et parfaite comme le sésame ouvre-toi de sa création. Loin de créer dans le chaos et le désordre, ce démiurge semble hériter des schèmes les plus fondamentaux de notre tradition indo-européenne : dans ce monde et ce qui peut l’orner, le décorer, c’est le même ordre qui s’étend à différentes échelles, des sphères célestes jusqu’aux plus infimes perles d’un collier, « des trajectoires des astres jusqu’aux stries laissées par un peigne dans les cheveux », des arcs tracés sur la lune à ceux des palmes ou des sourcils…Le monde dessiné est à cette image, posé avec une singulière économie de moyens. Un ordre- de la nature- qui nous traverse, minéral, végétal et animal et auquel en retour nous participons à notre insu, ne serait -ce que dans l’élégance de la parure ou du vêtement : boas, queues de pie, guêpières, aigrettes… regardez les dessins de Meek
Sur cette création passe un vent léger et amusé qui incline les formes et les courbe avec malice ; un éros africain et fripon titille la géométrie et rivalise avec la nature pour inventer des ajustements ingénieux, des articulations souples au service de l’harmonie de rythmes et de rites d’un autre monde. Un liseré de couleur vient protéger la magie de ce monde dessiné, comme les frises des livres de notre enfance, qui ne la laisse pas s’échapper.
C’est aussi un jardinier. Dans la plupart de ses tableaux les motifs se développent sur la toile comme les plantes dans un parterre de jardin, ou comme les arbres dans la nature. Ils se répandent selon les aspérités du terrain, la pente, le vent dominant, l’humidité de l’air et du sol. Les formes ont quelque chose de tentaculaire, elles tâtent, testent, palpent pour explorer l’environnement, repousser des formes adverses, se mettre à l’abri de formes amies, trouver la tige autour de laquelle grimper.Il reste toujours sur la voie de la nature, une nature sauvage, non contrariée mais qui suit un ordre auquel sa main est toujours sensible. Dans son village de Ngecha au Kénya, il ne pouvait faire de peinture sans faire plusieurs choses en même temps, il travaillait au jardin, s’occupait des moutons. C’était sa façon d’être constamment en éveil, en contemplation, et toujours dans la peinture…
Meek Gichugu est né au Kénya en 1968; Il a peint très tôt et exposait son travail dès l’âge de 14 ans. Il a connu en 1991, à l’âge de 22 ans un succès fulgurant en vendant à la Galerie Watatu de Nairobi 90 tableaux d’un seul coup. Il est alors entré dans la collection d’André Magnin et celle de Jean Pigozzi. Une fois en France sa vie a été plus difficile, mais il a continué à peindre…
Anne Slacik, livres d’artistes

“Jardins”, 4 leporello autour de jean Pierre Faye, Antoine Emaz, Bernard Vargaftig et Véronique Vassiliou
Anne Slacik, née en 1959, peint des toiles en grand format et s’immisce aussi dans l’intimité du livre en compagnie de poètes amis, Bernard Noël, Jean-Pierre Faye, Etel Adnan, Pierre André Benoit et tant d’autres. Agrégée d’arts plastiques, elle a à son actif près de 400 ouvrages publiés et une collection de livres manuscrits et peints de 130 titres. Quel que soit le support, la figuration est absente au profit du mouvement, du jaillissement coloré. Dans les livres, les espaces dévolus à l’écriture et à l’œuvre picturale sont occupés sans empiètement, révélant le respect mutuel des deux intervenants à la recherche d’une parfaite osmose entre le sens de l’écrit et du peint. Depuis le début des années 1980, son travail est mis en lumière par de nombreuses expositions dans des galeries, des musées, des bibliothèques. Rendez-vous à Port-Royal des Champs, puis à Saint-Étienne et Paris.
Anne engage pleinement son physique, tant le corps fait corps avec le désir d’exprimer davantage que le corps, entre proximité rêvée et écart aimanté. Les connaisseurs d’Anne Slacik savent que sa peinture ne cesse de se déployer sur d’amples surfaces où aucune place n’est laissée à la figuration. L’artiste aime à définir ainsi son entrée dans l’acte de création : « J’efface toutes les images et je pense au temps jusqu’à ce que son vide m’envahisse. » Ce n’est donc pas la rétine qui est prioritairement impliquée mais plutôt une rêverie sur le temps convié à se craqueler soudain en un vide propice à l’advenue d’un espace totalement neuf. Cette peinture mentale répudie les images au profit des mouvements. Elle engage et elle s’engage sur des routes destinées à « émouvoir le sens ». Que voit donc l’œil de l’amateur ? Des comètes nuageuses, des tourbillons blancs, le grand moteur bleu de la présence céleste. Les toiles portent des titres parlants : Blanc, Obscurité rouge, Figure et nue, Nocturne, Ombres, Arbre, Jardin, Racines, ou bien s’aventurent vers des nominations plus culturelles (Giorgione) ou des hommages explicites : À Reverdy, Piero, Siena (à Pincemin), Nuit d’Ombrie (à Paul Celan).
Armand Julien Waisfisch, mouvement de foule

Ses personnages sortent d’un geste de la main de l’artiste, la main les accompagne encore, les invite à entrer en scène dans un entrelacs de lignes qui leur donnent une allure, de l’allant plus qu’une silhouette, un rythme de vie plus qu’une forme, la pulsation d’un corps…
Hommes, femmes et enfants, de toute culture et de toute condition, ils sont faits de lignes entrecroisées, de lignes de vie à suivre et à penser. Tous, à leur façon, tirent, tracent et suivent des lignes : lignes de conduite ou d’horizon, lignes de départ ou d’arrivée, lignes de fuite ou lignes de mire, lignes de vie ou de chance, lignes de flottaison ou de partage des eaux ligne de communication ou ligne politique : toutes ces lignes se croisent et se décroisent dans les tableaux d’Armand ! On aperçoit même parfois un bout de la ligne bleue des Vosges ! Pour celui qui veut se lancer dans une action ou une pensée vivante, émanée d’une présence au monde et matériellement aux prises avec lui, tout est une affaire de lignes…

