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Subjectile

Subjectile


Subjectile

vernissage samedi 14 mars 2020 à 16h

exposition du 14 mars au 4 avril

Pour la troisième année HCE Galerie propose son salon du dessin, en parallèle à celui de Paris, avec des artistes internationaux:


Sara.H Danguis (France-Macédoine)
Douts ( France-Sénégal)
Meek Gichugu (France-Kenya)
Yoel Jimenez (Cuba-France)
Franck Lundangi (Angola -France)
Cristiano Mangovo (Angola France)
Miguel Marajo (France-Caraïbe)
Gastineau Massamba (Congo)
Catherine Olivier (France)
Katayoun Rouhi (France -Iran)
Eizo Sakata (France -Japon)


Le subjectile, c’est le papier où s’inscrit la trace, s’imprime l’encre, se dessine la déchirure ou la brûlure de cigarette, la pulsion qui atteint sa cible et frappe votre regard…

C’est un mot au service du dessin, riche en condensations, un mot spectral avec son cortège de revenants, qui a tout pour fasciner avec ses sonorités proches de « subjectivité ». Il évoque le support, une surface réfléchissante comme un miroir qui engendre un espace de projection de soi, là où un sujet peut se jeter, c’est-à-dire se lancer et aussi s’abandonner, se défaire de soi, voire se balancer des projectiles. La création y trouve son lieu : l’artiste caresse ou violente le papier, le dessin y fait surface, surgissant de l’épaisseur secrète comme d’un lieu d’incubation intérieure

C’est aussi un mot poétique qui induit et accompagne une autre manière de regarder le dessin, de ne pas se laisser prendre par le seul visible et ce qui saute aux yeux. Une invitation à prêter une attention « flottante » au travail sombre à l’œuvre dans le geste, sombre en ce sens qu’il est obscur mais aussi au sens où il s’enfonce « se glisse sous » le visible, passe en douce et cherche notre regard, s’adresse à nous en fouillant nos mots disponibles pour le dire. «Ca nous regarde ! »

Dix artistes rassemblés par Gastineau Massamba s’exposent dans ce salon ; certains d’entre eux s’étaient déjà risqués l’an dernier sous la déclinaison de « l’orphisme ». Ils acceptent de mettre leur œuvre en jeu, de donner du jeu à notre regard avec cette promesse d’un secret embusqué dans leur travail, de ce qui dans le dessin nous fixe, nous aspire, nous oblige à scruter au plus près « ce qui nous regarde », nous dévisage et nous dévore les yeux.

Pour HCE Galerie, c’est une exposition sous le signe de Joyce, de son œil toujours mouvant entre voir et savoir, capable d’entrevoir ce qu’une attention fixe laisse échapper : « Inéluctable modalité du visible : tout au moins cela, sinon plus, qui est pensé à travers mes yeux. […] Fermons les yeux pour voir » (Ulysse)

Occasion pour la galerie de préciser cette ligne héritée de Joyce, ne serait-ce que dans les initiales HCE, et son projet entre psychanalyse et philosophie.

Sara.H Danguis

Le dessin à fleur de peau

Sara Danguis met en scène son propre corps nu, le visage dissimulé sous un voile, un corps privé de son visage et du symbole de l’identité, où les organes sensoriels sont oblitérés, les plus caractéristiques de la sensibilité, la vue, l’ouïe, l’audition, le goût, un corps qui n’offre au regard que sa peau, cette surface qui est comme le disait Valéry ce que l’homme a de plus profond…

Dans une exposition de dessins sur le thème du subjectile, le corps dénudé qui n’offre que sa peau au regard prend tout son sens : la peau est une surface réfléchissante comme un miroir, une surface sensible qui enregistre tout ce qui résulte de l’engagement d’un corps dans un monde, dans la nature et dans l’histoire, une surface imageante qui va donner une forme et une visibilité à des microphénomènes invisibles et impalpables, liés à l’air du temps, aux changements devant lesquels on veut rester aveugle et qui affectent la sphère de l’écologie, les relations avec la nature et les relations des hommes entre eux . La peau est le subjectile où se dessine la sensibilité des femmes aux changements de l’atmosphère vitale.

Par sa peau la femme est Venus Aphrodite, née de l’écume de la mer et de son atmosphère dont elle garde l’empreinte, elle est fille de la Nature, des arbres dont elle enregistre les couleurs et les mystérieuses synthèses de la sève tout autant que les blessures et les souffrances, elle est ce spectre vide plongé dans un monde sans substance, et pourquoi pas ce voile qui enregistre les traits de la face humaine, comme celui de Véronique, quand notre monde se sera effondré

Sara Danguis a été formée à l’Ecole de Communication visuelle, aux Beaux-Arts et à l’Atelier de Sèvres. Elle a participé à notre dernier salon du dessin 93, sous le signe de l’orphisme. Elle vit et travaille à Montreuil.


Douts

Dessiné sur le sable…

Les quartiers populaires des villes, avec leur enchevêtrement diabolique et enjoué de formes et de graphismes, de matières et de couleurs, avec la très forte intrication des architectures et du vivant, le réseau bariolé des solidarités, étirent le tissu constitutif de la ville d’une manière constamment renouvelée. C’est un paysage qui change au gré des mouvements, des humeurs et des émotions … C’est un tissu vivant qui projeté sur le papier devient une peau qui réagit, qui laisse s’exprimer les émotions de la ville et de la vie.

Dans ce monde bâti sur le sable et en passe d’y retourner, la ligne assure la cohésion et maintient l’équilibre de ce monde qui se met à flotter, à léviter : Certains collectionneurs recherchent dans les tableaux de Douts une ligne particulière, jaune par exemple, qui partage aux deux-tiers un ciel bleu. Horizontales ou verticales, droites ou courbes, lignes de flottaison, de force, de vie, de démarcation, les lignes surprennent par leur errance et leur exubérance, leur capacité à s’inventer, l’audace de leur tracé. Souvent, la ligne échappe aux concaténations chaotiques des constructions de fortune, elle crée le circuit, la circulation. Douts a trouvé dans ces lignes le sésame de l’énergie qui circule dans toute son œuvre. Elles parcourent ses toiles comme un « fil rouge », assurent la continuité d’un même flux où la misère et la grandeur, l’obscurité et la lumière, la tristesse et la couleur sont liées dans un même cycle d’échanges. Un monde qui tourne rond, qui ne craint pas l’embolie, qui dit par la schématisation des couleurs, des formes et des mouvements la merveilleuse unité au sein de la diversité…

Douts a grandi dans la Medina de Dakar, un quartier qui inspire ses dessins. En 1999 il est reçu major aux Beaux- Arts de Dakar et entame une belle carrière en participant en 2005 à Africa Remix. Il a vécu à Pierrefitte jusqu’en 2014, a retrouvé Dakar où il vit et travaille


Meek Gichugu

La cosmogonie de Meek Gichugu

Le nom de Meek Gichugu, dans la langue des Kikuyus dont il est originaire, signifie « récolte des petits pois », ce qui n’est pas une mauvaise voie pour rentrer dans le monde de cet artiste, dans ses compositions qui paraissent surréalistes de fruits exotiques, d’animaux étranges et de figures humaines. On ne peut imaginer quelque chose de plus parfait que le petit pois dans sa rondeur et sa rotondité, dont la forme migre dans la plupart des créations de l’artiste, à des échelles différentes. Loin de créer dans le chaos et le désordre, ce démiurge semble hériter des schèmes les plus fondamentaux de notre tradition indo-européenne : dans ce monde et ce qui peut l’orner, le décorer, c’est le même ordre qui s’étend à différentes échelles, des sphères célestes jusqu’aux plus infimes perles d’un collier, « des trajectoires des astres jusqu’aux stries laissées par un peigne dans les cheveux », des arcs tracés sur la lune à ceux des palmes ou des sourcils…

Sur cette création passe un vent léger et amusé qui incline les formes et les courbe avec malice ; un éros africain et fripon titille la géométrie et rivalise avec la nature pour inventer des ajustements ingénieux, des articulations souples au service de l’harmonie de rythmes et de rites d’un autre monde. Un liseré de couleur vient protéger la magie de ce monde dessiné, comme les frises des livres de notre enfance.


Meek Gichugu a connu en 1991, à l’âge de 22 ans un succès fulgurant en vendant à la Galerie Watatu de Nairobi 90 tableaux d’un seul coup. Il est alors entré dans la collection d’André Magnin et celle de Jean Pigozzi, a retenu l’attention de Jacques Soulillou (voir Contempory art of africa) Mais il a aussi connu les déboires de nombreux artistes africains victimes de galeries véreuses et des coup- bas du marché. Mais il revient, attendons encore un peu…


Yoel Jimenez

La vie des choses dessinées

Un esprit léger et humoristique traverse tous les travaux de Yoel Jimenez ; ses affiches, dessins, impressions, compositions semblent posés et arrêtés dans leur existence, mais elles conservent une puissance enjouée de métamorphose, de migration vers d’autres états.

Plus que toute autre technique, le dessin installe le trouble au cœur des choses. Le subjectile choisi, un carton très lisse sur lequel le stylo à bille glisse facilement et rapidement garantit la réussite d’un tour de passe-passe. Il permet de tracer un réseau nerveux de fines hachures, de menues fibrilles qui vont donner aux choses une texture et un maillage suffisamment souples pour gagner très vite l’ensemble du dessin et en assurer la continuité. Le glissement sur ce support lisse est passé inaperçu, de ce costume cravate aux plumes et feuillages qui le traversent, de son prolongement en cheminée et en bec d’oiseau… … Tel, le personnage d’Ulysse de Joyce, Leopold Bloom, qui, d’abord présenté en Lord anglais, jaillit successivement -par la combinaison des langues dans le flux vocal, le jeu d’allitérations, d’assonances, de lapsus- sous la forme d’un canard, d’un lapin, d’un lièvre, d’un cygne, d’un cheval qui hurle et aboie, d’un animal de basse-cour, d’un chat…. Figures de l’être et de son animalité… Et pourtant, « Sur mon honneur de gentleman, il n’y a pas un seul mot sérieux dedans » dira James Joyce.

Avec Joyce, Joël Jimenez partage ce trait de mettre en œuvre la découverte vécue dans le langage, de l’être comme trou, vide, combinaisons de sons, de formes, soit, le jeu contre le factice.

Yoel Jimenez, artiste plasticien de 45 ans, de nationalité franco¬-cubaine. Diplômé de l’École Nationale des Beaux- Arts de La Havane en 1991/ Gravure, plus spécifiquement la xylographie, dessin, sculpture, installations, performances de street -art.


Franck Lundangi

Les rêves s’enracinent dans le papier

Les dessins de Franck Lundangi explorent le monde du rêve, les chevauchements du visible et de l’invisible dans des compositions d’étranges lignes végétales, racines, rameaux et lianes reliées à un enchevêtrement initial, lignes qui ne semblent plus tracées mais animées par le besoin de se prolonger à l’infini ou celui de se refermer sur un alphabet énigmatique, des hiéroglyphes.

L’aquarelle, avec une exceptionnelle maitrise de la transparence, assure la cohérence de cette vision onirique : Un personnage rêve tout en se donnant sous des profils divers qui se dédoublent, s’interpénètrent, celui de la conscience bien éveillée, celui du rêveur, celui qui migre sous une forme animale…Son corps s’épanouit dans un nimbe, un nuage, un sac amniotique où les couleurs se diffusent et laissent affleurer et se fondre des formes minérales, végétales et animales. Les images surgissent d’un fond incertain, mais ne parviennent pas à la surface, elles se dérobent dans un mouvement de sac et de ressac. Tel objet qui pouvait venir à nous sous les apparences d’une brindille de bois repart et revient comme un insecte, puis un arc, un bougeoir, une danseuse très frêle. L’aquarelle est ainsi ce langage de la légèreté qui laisse entendre le « bruit de fond » des images, leur pouvoir de résonner entre elles et de résonner pour nous, spectateurs en quête de cette réserve de mystère dans les choses trop bien, trop mal comprises. De fait dans cette œuvre plastique formes et couleurs résonnent bien depuis leur passé archaïque, dans leur lumière venue d’ailleurs, mais elles sonnent bien aussi, d’un son nouveau dans la lumière d’aujourd’hui.

Franck Lundangi est né en Angola, dans un pays en guerre. Il a été élevé dans le pays voisin, le Zaïre, avec onze cousins. Il a d’abord été footballeur professionnel dans les grands clubs d’Afrique et un fabuleux destin l’amène à être artiste, à devenir peintre et sculpteur. HCE Galerie l’a exposé en 2015. Artiste international dans la galerie Anne de Villepoix, il vit et travaille à Briare.


Cristiano Mangovo

Les hommes-motos

Les œuvres exposées de Cristiano Mangovo appartiennent à une série commencée en 2015 intitulée « Guiadores », « les hommes-motos » et sont bien des peintures sur toile, mais par le geste graphique et l’univers qu’elles représentent, en rapport étroit avec le parcours de formation de l’artiste, elles peuvent être assimilées à des dessins. Elles portent les empreintes de l’art de la rue et du graffiti qui ont marqué ses débuts artistiques en Angola, du monde bruyant de la rue, des scènes de marché et d’embouteillages de Kinshasa quand il se formait à l’art contemporain à l’Académie des Beaux-Arts de cette ville, de l’atmosphère de Luanda où il est revenu construire son atelier. C’est ce regard sur une Afrique astucieuse et malicieuse, violente et déjantée qui se projette sur la toile, son écran intérieur.

Le thème de l’homme-moto est une trouvaille propre aux grands dessinateurs. La moto est le moyen de transport le plus commode en Afrique, avec des chargements invraisemblables qui sont de véritables installations artistiques dans tous les pays de ce continent, un véhicule pour s’emporter, se ravir, être sage ou être fou. Le visage enfermé dans le phare est comme derrière un hublot, en plongée dans un autre monde, hallucinant et fantasmagorique. Par ce biais l’artiste s’engage sans limite dans la dénonciation des pires formes de violences et de délires meurtriers qui ravagent tous les pays, les bandes paramilitaires, les sectes islamistes, les violences sexuelles faites aux femmes, les corruptions politiques…Il le fait en artiste, avec un humour noir et grinçant, mais aussi avec tendresse , comme s’il fallait trouver la bonne distance dans un monde où il faut en faire trop, se livrer pour vivre à des contorsions et des acrobaties, à l’exagération et l’exaspération, à l’emphase du quotidien.

Cristiano Mangovo est né en 1982 à Cabinda, dans le nord de L’Angola. Son œuvre considérable, variée et intense connait un grand retentissement dans les grandes villes africaines et maintenant en Europe. Il vit actuellement à Lisbonne, c’est un travailleur infatigable, d’une infinie douceur.


Miguel Marajo

Du train où vont les choses…

Miguel Marajo a trouvé sa cheville ouvrière, son maillon originel, sa pièce maîtresse, le signe pour authentifier son appartenance à la culture caribéenne, à ce monde joyeux et revendicatif : la coiffure afro antillaise, toute en boucles et en frisures. C’est une forme, elle se gonfle, se répand, elle gicle, se vaporise en volutes Il crypte ce signe dans son abstraction et sa fécondité, dans son mouvement, en fait « l’âme du monde » dans ses dessins et ses peintures, un hiéroglyphe qui se décline dans toutes les variations possibles des supports, outils et matériaux utilisés. Le brou de noix, le fusain ont la fluidité de l’aquarelle pour incarner l’architectonique et les mouvements des éléments, les engendrements de formes et de morphologies imaginaires. Le dessin se répand alors en différentes strates motrices, avec des vitesses et des rythmes très différents ; un temps végétal très lent de circulation de sève, un temps d’actions impulsives surgissant des profondeurs du papier et enfin des balayages véhéments qui se mettent à tournoyer, engendrant tourbillons et ouragans.

La boucle de cheveux est l’élément vital, le signe graphique en mouvement ; Il impulse de l’énergie au trait, le force. Le dessin donne alors un visage au monde, il l’envisage avec ses yeux révulsés et les mouvements de colère qui défigurent ses traits quand il est confronté à son devenir et à son « jusqu’où- ça -peut- aller », quand par exemple il affronte le désastre environnemental pour les Antilles qu’est l’utilisation du kepone, ce dangereux pesticide dans les plantations industrielles de banane…Au plus secret du dessin ce motif l’entraîne, lui conserve son « en train » et ses dispositions enjouées.

Après avoir passé son enfance à la Martinique, Miguel Marajo a été formé aux Beaux-Arts de Paris, à Paris 8 et la Sorbonne. Il appartient au « Tout Monde » et s’expose partout, à Paris, aux Antilles, à Hong Kong, Monaco, L’Afrique du Sud. Il vit et travaille à Sartrouville.


Gastineau Massamba

« être à l’heure du monde »

Deux portraits signés Gastineau Massamba et reliés par une même griffe, SBM, les initiales de son épouse, styliste de profession, une griffe pour signer un style, et des griffes à sortir pour s’ancrer, s’engager dans le monde d’aujourd’hui. Le dessin interroge, explore l’élaboration de cette peau seconde, du revêtement ou parure, de la projection sur le subjectile du corps d’une image de soi que l’on peut habiter, investir. C’est une démarche de pensée et de réflexion sur le style, la manière d’être au monde, sur le trait continu ou le fil qui relie à la nature, à l’art, à l’histoire.

GFM connait bien l’histoire de l’art et les problématiques du portrait ; son travail consiste à concentrer du corps, ses forces et ses énergies en quelques lignes, motifs ou couleurs, à lui donner une intensité particulière. De l’aquarelle délavée laisse flotter quelques taches de noir, une ombre qui vient nimber la silhouette, qui semble suinter du papier. Les mains disproportionnées exhibent les phalanges cernées de noir, vouées à prendre, apprendre, comprendre, produire, penser, toucher, nouer des contacts, un vrai visage de l’individu. Car le visage, lui, porte l’angoisse de passer dans les portillons de reconnaissance faciale ; Des lunettes pour voir, mais surtout pour faire valoir le besoin d’être connecté de la manière la plus sophistiquée. Le personnage féminin obéit à une construction extraordinaire autour d’une ligne « serpentine » et un mouvement giratoire qui va de la main droite à la valise et l’entraîne dans des circulations audacieuses ; deux soleils lui font une poitrine de lumière, lui donnent une présence astrale, retombent en sept alvéoles sur la manche bouffante et les sept autres de la jupe aérienne. Partout du stylo à bille nerveux pour faire varier la présence à soi et à son image, des touches de couleurs utilisées par les peintres, de la sanguine de Degas pour souligner une cambrure…

Né à Brazzaville, GFM suit une carrière d’artiste international, pratique le dessin, d’extraordinaires coutures sur toile, la sculpture. Il est actuellement dans la Galerie Anne de Villepoix, travaille à Montreuil.


Catherine Olivier

Les filles du feu

Cet « autoportrait » de Catherine Olivier en Dame de Pique est emblématique du travail de pyrogravure poursuivi depuis plusieurs années : l’image surgit des empreintes que la pointe de feu a laissées en passant sur le bois, des réactions du subjectile à l’outil, de l’association intime secrétée entre l’incise, la morsure et la brûlure du feu et la douceur, la caresse d’un pinceau, de cette union paradoxale des contraires. Dans ce portrait le feu semble avoir embrasé la chevelure de ses flammes qui n’ont fait que laisser quelques traces légères sur les traits du visage.

Les autres dessins issus de sa main et de sa forge intérieure sont habités par ce souffle de feu ; Il passe à la surface, la fragilise et l’enfièvre, ravine et creuse des sillons où la couleur peut ruisseler, fluide et frissonnante de sens, éveillant une image latente dans la profondeur du bois, un portrait, une main avec ses lignes, un arbre, une maison avec un palmier, dans un sud lointain, les fragments d’une aile d’avion. A travers les flammes les choses sont affectées d’un léger tremblement, comme si elles se mettaient à vaciller, comme si dans la solidité et leur épaisseur elles retrouvaient leur être d’air et de souffle

Ces dessins constituent un ensemble étrange et très personnel, unifié par une gamme de couleurs sépia et nimbé dans la patine du temps, comme les archives d’un monde irréel. Cette Dame de Pique évoque la mystérieuse héroïne de Pouchkine et sa combinaison secrète pour gagner aux cartes, une figure adéquate pour cette artiste qui sait si bien apprivoiser le feu. Quant aux autres dessins, on se plait à imaginer qu’ils ont été retrouvés dans une villa antique ensevelie sous le feu ou dans les tiroirs d’une maison de famille. N’oublions pas que la maison d’enfance de Catherine a été détruite par le feu.

Catherine Olivier a été formée aux Arts-Déco de Paris, aux Beaux-Arts d’Angers. Elle circule beaucoup, entre la Chine, le Brésil, le Bénin. Elle vit et travaille à Paris (Belleville)


Katayoun Rouhi

Les cartes de l’entre-monde

Katayoun Rouhi a déjà exposé à HCE Galerie ses peintures qui trouvent leur origine dans la grande tradition persane du 12ème siècle et les Miniatures. Au centre de sa recherche il y a l’approche du « monde imaginal », auquel la sensibilité et l’imagination peuvent avoir accès par le biais des résonnances ou retentissements intérieurs d’images privilégiées, celles de l’arbre, de l’oiseau et de la petite fille à la robe rouge à pois blancs qui sont comme des passerelles pour s’arrimer à ce qu’il y a de plus « natal » en nous, à tous les secrets enfouis dans l’âme.

Elle poursuit son exploration métaphysique dans un carnet de dessins très épurés, très limpides et poétiques. Le trait se fait fluide et ductile pour conduire dans le labyrinthe de l’âme ; il étire les lignes pour assurer le lien et la continuité des vivants dans la participation à la nature, au sol et au ciel, au minéral et au végétal. L’arbre se simplifie à l’extrême, se transforme en antenne pour capter cet autre monde. Katayoun le dessine comme s’il grandissait en elle entre terre et ciel, se courbait et se cambrait en pondérant les masses autour de lui avec une légèreté infinie, se pliait aux injonctions de la petite fille avec sa robe d’enfance de l’art. Elle a besoin de lui pour s’enfoncer dans son chemin d’ombre et de mystère, traverser les voiles de bleu. A parcourir le carnet, et même les trois dessins exposés, le regard se prend à considérer le dessin comme une cartographie intérieure de l’âme dont on peut lire le cours dans cette ligne axiale autour de laquelle le corps se déplie et s’enveloppe, se ramifie. La ligne de l’âme, la ligne de son horizon.

Katayoun est né en Iran, pays qu’elle quitte à 19 ans, pour Lausanne puis Paris. Elle est diplômée des Beaux- Arts de Paris et de la Sorbonne. Elle croise peinture et poésie, à la recherche de son orient intérieur. Elle expose à Paris, Téhéran, Athènes, Los Angeles…, vit et travaille à Auvers -sur- Oise.


Eizo Sakata

« le sel de la terre »

Depuis la catastrophe de Fukushima Eizo Sakata expérimente en artiste un autre rapport au monde, soucieux de prévenir les blessures écologiques de notre planète et de révéler la beauté et le pouvoir expressif des éléments qui la constituent, les végétaux, l’eau de pluie, le sel…Ses dessins à l’eau de mer sont le résultat de protocoles expérimentaux et poétiques, d’une recherche commencée en 2013 et qui depuis évolue, dont il vient de faire la passionnante chronique dans un livre récemment édité « la mer vient à moi

Le sel de ces deux dessins provient des salines de Uyuni en Bolivie, les plus vastes au monde, qui recèlent dans leur écrin transparent la légende de la « déesse au grand galop » et de « la belle d’Ischia ». Les cristaux de sel se déposent sur le papier, s’unissent à l’encre de chine et en séchant se mettent à scintiller, sèment des soleils noirs, des aréoles et auréoles vivantes et réactives. Le papier reçoit ces empreintes, les absorbe avec tact, laisse aux concrétions le temps de mûrir, toujours à la limite ténue de l’épanouissement et de l’évanouissement, dans l’attente d’une cristallisation quasi amoureuse. Dans ce processus qui évoque la création du monde l’artiste intervient avec ses instruments, ses fioles et ses pipettes avec une délicatesse ajustée à l’infime des mouvements qui s’ébauchent et des merveilles que le hasard garde en réserve. En dessinant, il remonte aux sources et à l’origine, approche du rien qui est comme le tout de l’être, au « point de la création » comme on dit « au point du jour », quand il n’y a que du blanc et du noir et le seul jeu de la lumière et de l’ombre.

Eizo Sakata est né au Japon ; De formation scientifique, c’est un artiste du Land Art sur la route du sel, qu’empruntent aussi ses amis et admirateurs, dans l’attente de ses œufs, robes et bêtes de sel.

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