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Rendez vous à St Briac

29 mai-1er juin

Rendez-vous à Saint-Briac, Salon du dessin et de l’édition d’artistes, créé et organisé par l’association festivart, présente annuellement les œuvres d’une sélection de galeries, résidence d’artistes et d’associations artistiques. 

Ce Salon, installé dans différents lieux patrimoniaux de Saint-Briac-sur-Mer, accueille un public nombreux. Ainsi est associée à la découverte des œuvres, celle de ce joli village. 

Pour sa 9e édition, le Salon Rendez-vous à Saint-Briac (dessin contemporain et éditions d’artistes) accueille une trentaine de structures artistiques venues de Bretagne et d’ailleurs (Nantes, Villefranche-sur-Saône, Saint-Denis, Paris, Lons-le-Saunier). 

Galeries, associations d’artistes, résidence d’artistes et FRAC Bretagne proposent au public de découvrir la jeune création et des artistes reconnu.e.s. Ces structures ont carte blanche pour présenter dessins et éditions des artistes de leur choix. La plupart des artistes seront sur place pour rencontrer le public. 

Cette année, un focus est mis sur les collectionneur.neuse.s : une sélection d’œuvres issues de cinq collections est présentée dans l’espace des Halles. Chaque jour le public pourra échanger avec eux.elles au cours de rencontres thématiques. 

Et aussi : ateliers de dessin pour petits et grands, concerts, food truck gastronomique, buvette animent ce salon aux allures de festival ! 

Site internet : www.rendezvousasaintbriac.com

Nous présentons des oeuvres de

Dominique Alary

L’instant dessiné

C’est avec ce beau titre mallarméen que Dominique Alary rassemble sa pratique du dessin. Des instants éphémères identifiés par une date au verso de la feuille de papier. Sous son regard les choses s’immobilisent, le temps d’une rencontre, l’instant essentiel de cette rencontre, où les objets ou paysages avec lesquels elle a marginalement existence se confondent avec elle, se trouvent pris dans la même vague et le même vague, dans un entre-monde en suspens propice au dessin, qui dans la lumière de ses gris précise l’essor d’une respiration, un souffle , une détente, une légèreté où les choses touchent au calme, renaissent dans le calme, autour d’un point ou d’un foyer, là où l’artiste pose sa pointe, une première fois.

Le dessin se fait multitude de traits, sans surface et tout en vibration, il rompt les contours, les pourtours des choses dans la danse de ses traits brefs, la mine allume de doux feux gris et nimbe les formes émergeant dans le paysage d’un halo de lumineuse grisaille, comme si la mine du crayon s’évaporait en halo autour d’elles. Dominique Alary ne dessine pas des paysages mais leur « liseré spirituel », ce halo de lumière qui vient nimber les choses de manière furtive et éphémère, dont elle doit diffuser le glissement sur le papier, au risque de le perdre dans sa « réserve de blancheur »

Jonathan Bablon

Entre nature et artifice

Jonathan se situe dans la génération des enfants du compost, dans les déchets du monde issu du rêve prométhéen qui a dégénéré et fourvoyé les imaginaires ; le mal est fait, il est bien là, et c’est au plus vif du désastre qu’il faut chercher l’astre de lumière et l’ange de l’avenir.
La technique a pollué la culture des fraises ou des tomates, mais dans les laboratoires se prépare une autre technique, biomimétique, qui imite la nature et tente de faire mieux qu’elle. Les quatre tableaux de « il y aura toujours des tomates » en donne le viatique, l’image porteuse et prophétique, tout comme « le fond de l’air est encore chaud ». L’artiste n’a pas à planter, à cultiver la terre, produire de l’énergie. Il ensemence notre imaginaire, y fait pousser des fleurs comme « la fleur bleue » du romantisme », des arbres toujours distributifs et paradisiaques, mais loin de nos arbres de la connaissance, des organes qui respirent, des coraux sauvés par les humains, et bien d’autres choses qui rendent passionnante la découverte des œuvres de Jonathan Bablon, de leur biomimétisme, de leur tropisme vers des formes de vie régénérée.

Kristian Dessailly

Très proche de peintres comme Tinguely, Vazarely (dont il fut l’assistant), Deyrolle et le mouvement Cobra, Christian Desailly s’adonne à une peinture lyrique, gestuelle et expressionniste. Sur toile comme sur papier, il travaille essentiellement à l’acrylique et l’aquarelle des compositions plastiques rehaussées de dessins au fusain ou au pastel. Un geste lyrique, libre et ludique, parfois inquiétant et des actes graphiques très dynamiques rythment ses toiles, font surgir des signes ou motifs figuratifs, de puissants « conducteurs d’énergie graphique » dans un espace pulsionnel intense. De nombreux clins d’œil à Cobra dans l’usage des couleurs : le rouge inquiète, le noir étend le mystère, le bleu ramène l’harmonie, des coups de brosse impérieux, des trais vifs et impulsifs : Il ménage ainsi des compositions surprenantes, avec des allures impénétrables et donc à pénétrer, à la manière de Paul Klee, qu’il a découvert avec fascination dès ses quinze ans, « pénétrer l’intérieur et non refléter la surface »

Kristian Desailly, en 1985 et au terme de sa formation aux Beaux-arts de Paris, a eu un premier prix de dessin !

Douts

La Medina

Les quartiers populaires des villes, avec leur enchevêtrement diabolique et enjoué de formes et de graphismes, de matières et de couleurs, de constructions et de résidus, avec la très forte intrication des architectures et du vivant, le réseau bariolé des solidarités, étirent le tissu constitutif de la ville d’une manière constamment renouvelée. C’est un paysage qui change au gré des mouvements, des humeurs et des émotions tels les titres aux tableaux : passages, tourbillons, circuits, témoignages du temps, cadences, équilibres… C’est un tissu vivant, une peau qui réagit, qui laisse s’exprimer les émotions de la ville et de la vie. Le désordre et l’encombrement des morceaux de carton, des collages de journaux déchirés, les embarras et les embouteillages des flux qui se faufilent, toutes ses choses qui se contaminent, se chevauchent ne sont que des points de départ, des amorces d’un processus de transfiguration qui « inverse la sélection » et met au premier plan de la perception la poésie de cette exubérance de formes et de couleurs, l’intimité du réseau de solidarité qui réunit tous ces éléments disjoints. L’artiste n’en finit pas de proposer sur ses toiles l’équivalent d’une dérive situationniste, l’exploration de la beauté cachée, du dynamisme secret qui se coulent dans le chaos des quartiers pauvres

Meek Gichugu

La cosmogonie de Meek Gichugu

Ses peintures font surgir d’étranges figures d’animaux, de fruits exotiques ou d’êtres humains. Des prototypes pour une recréation du monde, des ébauches d’un démiurge qui se propose de faire mieux que la nature en recyclant ses motifs les plus extraordinaires, dont les agencements défient la biologie ; les rayures de l’abdomen de la guêpe, les zébrures, les taches de la girafe…

Le nom de Meek Gichugu, dans la langue des Kikuyus dont il est originaire, signifie « récolte des petits pois » : un petit pois qui s’agite entre les voyelles et les consonnes de son nom, une forme ronde, verte et parfaite comme le sésame ouvre-toi de sa création. Loin de créer dans le chaos et le désordre, ce démiurge semble hériter des schèmes les plus fondamentaux de notre tradition indo-européenne : dans ce monde et ce qui peut l’orner, le décorer, c’est le même ordre qui s’étend à différentes échelles, des sphères célestes jusqu’aux plus infimes perles d’un collier, « des trajectoires des astres jusqu’aux stries laissées par un peigne dans les cheveux », des arcs tracés sur la lune à ceux des palmes ou des sourcils…Le monde dessiné est à cette image, posé avec une singulière économie de moyens. Un ordre- de la nature- qui nous traverse, minéral, végétal et animal et auquel en retour nous participons à notre insu, ne serait -ce que dans l’élégance de la parure ou du vêtement : boas, queues de pie, guêpières, aigrettes… regardez les dessins de Meek !
Sur cette création passe un vent léger et amusé qui incline les formes et les courbe avec malice ; un éros africain et fripon titille la géométrie et rivalise avec la nature pour inventer des ajustements ingénieux, des articulations souples au service de l’harmonie de rythmes et de rites d’un autre monde. Un liseré de couleur vient protéger la magie de ce monde dessiné, comme les frises des livres de notre enfance, qui ne la laisse pas s’échapper.
C’est aussi un jardinier. Dans la plupart de ses tableaux les motifs se développent sur la toile comme les plantes dans un parterre de jardin, ou comme les arbres dans la nature. Ils se répandent selon les aspérités du terrain, la pente, le vent dominant, l’humidité de l’air et du sol. Les formes ont quelque chose de tentaculaire, elles tâtent, testent, palpent pour explorer l’environnement, repousser des formes adverses, se mettre à l’abri de formes amies, trouver la tige autour de laquelle grimper. .Il reste toujours sur la voie de la nature, une nature sauvage, non contrariée mais qui suit un ordre auquel sa main est toujours sensible. Dans son village de Ngecha au Kénya, il ne pouvait faire de peinture sans faire plusieurs choses en même temps, il travaillait au jardin, s’occupait des moutons. C’était sa façon d’être constamment en éveil, en contemplation, et toujours dans la peinture…

Franck Lundangi

La nature rêve

Les aquarelles, avec une exceptionnelle maitrise de la transparence, donnent les clés de cette vision onirique du monde : Un personnage rêve tout en se donnant sous des profils divers qui se dédoublent, s’interpénètrent dans la plus subtile indistinction, celui de la conscience bien éveillée, les yeux ouverts, celui du rêveur qui a les yeux bien fermés, celui qui migre sous une forme animale…Son corps s’épanouit et s’évanouit en même temps dans un nimbe, un nuage, un sac amniotique où les couleurs se diffusent et laissent affleurer et se fondre des formes minérales, végétales et animales dans une osmose parfaite. Dans ce murmure des couleurs le dessin s’estompe en un trait délicat, une ligne rêveuse elle aussi qui n’assure plus les contours nets, qui n’identifie plus des formes mais suit les glissements progressifs d’une zone à l’autre. Les images surgissent d’un fond incertain, mais ne parviennent pas à la surface, elles se dérobent dans un mouvement de sac et de ressac. Tel objet qui pouvait venir à nous sous les apparences d’une brindille de bois repart et revient comme un insecte, puis un arc, un bougeoir, une danseuse très frêle. L’aquarelle est ainsi ce langage de la légèreté qui laisse entendre le « bruit de fond » des images, leur attirance pour un rêve de langage qui ne découpe pas, qui n’identifie pas, mais laisse entendre la contiguïté et la possibilité qu’ont les images du rêve de se substituer l’une à l’autre, de résonner entre elles et de résonner pour nous, spectateurs en quête de cette réserve de mystère dans les choses trop bien, trop mal comprises


Katayoun Rouhi

les cartes d’un autre monde

Ses peintures et dessins sont le reflet de l’exil, d’un Iran éloigné dans l’espace comme dans le temps, un monde où on pénètre par les récits fabuleux et visionnaires de ces philosophes de la Perse du XIIème, Sohravardi, Attar, Ibn Arabi… des soufis révélés, traduits et commentés par Henry Corbin, Le récit de l’exil occidental, le récit de l’archange empourpré, le vade-mecum des fidèles d’amour, la conférence des oiseaux…Tout ce qui est perceptible dans notre monde sensible trouve son analogon dans ce monde à travers des images primordiales, l’arbre de vie, la source de vie, la lumière et l’ombre, la terre et les éléments, des images « en suspens » comme dans un miroir, celui de l’âme qui rassemble et unifie toutes ses puissances dans l’imagination créatrice.

Katayoun saisit ses formes au moment où elles apparaissent, sortent du papier comme des bulles qui crèvent la surface, hésitent à se répandre, à occuper l’espace. Elles s’affirment en ne faisant que poindre, comme des échos d’un monde lointain, des retentissements d’ailleurs, des résonances et des réminiscences sur les marges de sa conscience dont un trait léger et subtil recueille les vibrations, l’évanescence. C’est un autre monde qui se déploie de manière familière et se pose pourtant comme une énigme.

Eizo Sakata

eau de mer, encre de chine

Depuis la catastrophe de Fukushima Eizo Sakata expérimente en artiste un autre rapport au monde, soucieux de prévenir les blessures écologiques de notre planète et de révéler la beauté et le pouvoir expressif des éléments qui la constituent, les végétaux, l’eau de pluie, le sel…Ses dessins à l’eau de mer sont le résultat de protocoles expérimentaux et poétiques, d’une recherche commencée en 2013 et qui depuis évolue, dont il vient de faire la passionnante chronique dans un livre récemment édité « la mer vient à moi »

 Eizo prélève de l’eau dans toutes les mers du globe. Les cristaux de sel se déposent sur le papier, s’unissent à l’encre de chine et en séchant se mettent à scintiller, sèment des soleils noirs, des aréoles et auréoles vivantes et réactives. Le papier reçoit ces empreintes, les absorbe avec tact, laisse aux concrétions le temps de mûrir, toujours à la limite ténue de l’épanouissement et de l’évanouissement, dans l’attente d’une cristallisation quasi amoureuse. Dans ce processus qui évoque la création du monde l’artiste intervient avec ses instruments, ses fioles et ses pipettes avec une délicatesse ajustée à l’infime des mouvements qui s’ébauchent et des merveilles que le hasard garde en réserve. Le dessin est pour lui un lâcher- prise, une remontée aux sources et à l’origine, une approche du rien qui est comme le tout de l’être, au « point de la création » comme on dit « au point du jour », quand il n’y a que du blanc et du noir et le seul jeu de la lumière et de l’ombre.

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