photographies
Christopher Evans
12 mars-4 avril
vernissage jeudi 12 mars à partir de 18h
Nostalgie Urbaine – Christopher Evans
Art, transformations de la ville et pratiques photographiques alternatives
Dans un contexte international marqué par une recrudescence des tensions politiques, diplomatiques et symboliques, l’art et la création demeurent des espaces essentiels de liberté, de dialogue et de résistance pacifique. L’exposition Nostalgie Urbaine s’inscrit pleinement dans cette perspective.
L’artiste présenté, Christopher Evans[1] est canadien. À ce titre, son travail résonne de manière particulière avec l’actualité internationale, alors que le Canada se trouve aujourd’hui symboliquement et politiquement ciblé par des discours et des attaques répétées de l’administration Trump, allant jusqu’à évoquer des logiques d’annexion ou de remise en cause de sa souveraineté. Loin d’être un projet militant, l’exposition donne à voir le regard d’un artiste indirectement concerné par ces tensions, placé malgré lui en première ligne d’un rapport de force géopolitique qui le dépasse.
La photographie de Christopher Evans devient ici un langage universel, capable de dépasser les frontières, les discours officiels et les clivages idéologiques. Elle offre un espace de poésie, de réflexion et de paix. À travers son œuvre, l’artiste interroge la notion de territoire, d’identité et de regard, en privilégiant la nuance, la mémoire et la sensibilité.
Nostalgie Urbaine s’attache plus précisément aux phénomènes d’altération du tissu urbain, que les anglophones nomment urban decay, et aux transformations profondes de la ville contemporaine. Le travail présenté établit un dialogue implicite entre Vancouver et Saint-Denis, deux territoires éloignés géographiquement mais confrontés à des dynamiques urbaines comparables. À Vancouver, la pression immobilière, la gentrification rapide et la disparition de quartiers populaires redessinent le paysage urbain à grande vitesse. À Saint-Denis, les mutations liées aux grands projets urbains, aux infrastructures et aux enjeux de renouvellement du bâti interrogent également la mémoire des lieux et le devenir des populations.
Les photographies exposées donnent à voir des espaces en transition, des architectures fragilisées, des traces d’usages passés, parfois absurdes ou mystérieuses. Elles posent la question de ce qui disparaît lorsque la ville se transforme, et de ce qui subsiste dans les marges, les interstices, les ruines ordinaires. La nostalgie évoquée n’est pas un repli vers le passé, mais une invitation à regarder la ville avec attention, à comprendre ses cycles, ses fractures et ses continuités.
La démarche artistique s’appuie sur la lomographie, entendue ici comme une pratique volontairement « pauvre » au sens noble du terme. L’artiste réhabilite des appareils photographiques jouets ou obsolètes, initialement destinés à être jetés, et les détourne de leur usage marginal pour en faire de véritables outils de création, dont les flous, les traces, les couleurs irréelles participent pleinement de la démarche picturale. Cette approche questionne notre rapport à la technologie, à l’obsolescence programmée et à la standardisation des images.
Le recours au tirage argentique renforce cette réflexion. Il instaure un lien tangible entre les générations, en réactivant des gestes, des savoir-faire et des temporalités aujourd’hui en voie de disparition. À l’heure de l’instantanéité numérique, ces images lentes, imparfaites, parfois accidentées, deviennent porteuses de sens. Elles font écho aux villes qu’elles représentent, elles-mêmes marquées par l’usure, la réparation et la transformation.
Présentée à Saint-Denis, territoire historiquement marqué par la diversité culturelle, sociale et internationale, cette exposition trouve un écho particulier. Elle permet de mettre en perspective des enjeux urbains globaux à partir d’une pratique photographique accessible, inclusive et transmissible, notamment auprès des jeunes publics et des groupes scolaires.
Soutenir et promouvoir ce projet, c’est affirmer le rôle de la culture comme levier de compréhension du monde contemporain, de cohésion territoriale et d’ouverture internationale. C’est aussi reconnaître la capacité de pratiques artistiques alternatives à accompagner les mutations urbaines, en donnant une voix poétique et critique aux villes en train de se transformer.
Christopher Evans, l’artiste, est photographe autodidacte, collectionneur d’appareils photos anciens, et lomographe passionné. Il a passé de nombreuses années de sa vie à prendre soin de ses parents âgés. Depuis leur décès, il se consacre pleinement à la photographie.
Juliette Melia, la commissaire d’exposition, enseigne l’histoire de l’art à l’ICP et les études culturelles (Cultural Studies) à la Sorbonne. Cette exposition est aussi l’histoire de l’amitié atypique entre ces deux passionnés de photographie qui ne se sont jamais rencontrés.
[1] Attention, il existe un homonyme, Christopher Evans, l’acteur américain célèbre pour son rôle dans Captain America. Ce n’est bien sûr pas de lui qu’il s’agit ici.
Chargée de communication : Claire Mariotti
Atelier « Studio Lomo », avec la participation de la boutique lomography.com :
14 mars de 15h à 19h (informations et inscriptions par mail, jumeliah@gmail.com)
Rencontre avec Yannick Vigouroux, critique d’art, photographe et spécialiste de lomo
graphie : samedi 21 mars de 15h à 17h

